Une mauvaise mère

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Grands noms, confirmations, nouveaux talents... Sur les quelques 589 romans français et étrangers à paraître cet automne, voici nos coups de coeur.

>>> Article paru dans Marianne du 14 août

Dans Beloved (1988, prix Pulitzer), une femme noire égorgeait sa propre fille, pour éviter à celle-ci de devenir, elle aussi, une esclave. La mère serait pour toujours hantée par son geste, apeurée par la réincarnation du bébé sacrifié, et condamnée à exorciser le passé. C'était le cinquième roman de Toni Morrison, qui se déroulait à la fin du XIXe siècle.

Lorsque s'ouvre Délivrances, situé à l'époque actuelle, une femme accouche d'une enfant qu'elle rejette immédiatement : «Elle m'a fait peur, tellement elle était noire. Noire comme la nuit, noire comme le Soudan. Moi, je suis claire de peau, avec de beaux cheveux, ce qu'on appelle une mulâtre au teint blond, et le père de Lula Ann aussi. [...] Ce que je peux imaginer de plus ressemblant, c'est le goudron.» Mais la mère ne tuera pas son enfant : elle la répudiera. C'est assurément ce qui sauvera la petite Lula Ann, qui devra se détacher, plaquer cette famille (où le père a quitté la mère dès la naissance, ne supportant pas non plus d'avoir une fille d'«une drôle de couleur, noir corbeau avec une nuance bleue, et aussi quelque chose de sorcier»), et se recréer. La voilà qui ne s'habille qu'en blanc, joue de sa beauté renversante, s'invente un nouveau nom, dirige une société de cosmétique. Working girl narcissique, elle a trouvé amies et amant.

Certains vont, d'ailleurs, participer à la narration chorale de ce livre (une architecture déjà expérimentée par la lauréate du Nobel de littérature 1993). Et parmi toutes ces voix : celle d'une femme que Lula Ann fit condamner pour violences sexuelles. Au lecteur de découvrir pourquoi. Si Délivrances est un titre au pluriel, c'est parce que ce sont plusieurs chaînes que Lula Ann dut et devra briser : celles du passé, de l'opprobre, de la mère, et celles de l'enfantement. Et, ce, au moyen de deux quêtes personnelles, qui forment les deux trames principales du livre. Après avoir toujours travaillé sur le passé américain et autour des mémoires collectives, voici que le grand écrivain Toni Morrison pose son scanner littéraire sur notre temps et sur la mémoire individuelle. Un grand roman sur les préjugés, l'inconscient collectif, les relations familiales, mais plus encore sur la dignité.

Délivrances, de Toni Morrison, traduit par Christine Laferrière, Christian Bourgois, 200 p, 18 €.

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