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Premier semestre 2012 - La décimation des profits des banques

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- Extrait GEAB N°58 (15 octobre 2011) -

Premier semestre 2012 - La décimation des profits des banques
Revenus en baisse, pertes en hausse, profits à la dérive : voilà le contexte bancaire occidental de cette fin 2011 ! Et tout cela se passe pourtant dans un contexte très favorable pour les bilans des établissements bancaires qui continuent à attribuer la valeur qu'ils souhaitent à leurs actifs (en jouant sur la comptabilisation « hold to maturity » - valeur jusqu'à échéance (1) – ou la « juste valeur »). Mais, même cela risque de ne pas durer plus d'un trimestre ou deux encore … à cause de la Grèce et de l'Euroland ! Et oui, ils sont bien les causes de quelque chose de très dommageable au modèle bancaire de ces dernières décennies ; mais pas au sens où Wall Street et la City voudraient le faire croire, i.e. parce que les banques de l'Euroland s'effondreraient entraînant le monde entier dans leur chute (à ce jour, seuls Wall Street et la City en 2008 nous ont offert une chute de système bancaire, colmatée - pour un temps - par un hold-up sur l'argent des contribuables (2)). Non, s'il y a bien responsabilité de la Grèce et de l'Euroland, c'est dans la volonté eurolandaise d'obliger les créanciers à intégrer les pertes dans leurs bilans, de faire pression sur les banques pour qu'elles assument une part substantielle des pertes. Ce qui n'a pas été fait en 2008. On arrive désormais à 50% de décote à propos des créances grecques. Mais la Grèce n'est qu'une goutte d'eau dans l'océan des pertes bancaires à venir : tout le système bancaire occidental flotte sur une mer de créances plus que douteuses.

Premier semestre 2012 - La décimation des profits des banques
On trouve en premier lieu l'immobilier résidentiel US qui se situe au moins à 50% de décote et qui ne connaîtra probablement pas de hausse des prix avant 2020 (3). Puis on a l'immobilier résidentiel irlandais, espagnol (4), portugais qui se situent au même niveau, mais évidemment avec un montant global beaucoup plus faible. Ensuite, on trouve l'immobilier commercial qui va plonger à nouveau avec la confirmation de la récession globale et les dépressions US et UK en cours. Puis, on retrouve l'insolvabilité des collectivités locales et nationales qui déprécient de facto toujours plus le bilan réel des banques (« Munis » aux Etats-Unis (5), dettes publiques en Europe (6)). Enfin, on arrive à la virtualité d'une multitude d'actifs financiers (y compris les crédits à la consommation (7) dans un contexte de chômage (8) et de récession durable (9) et les faillites d'entreprise (10)) dont la plupart ne valent plus rien du tout, car ils n'ont en fait pas de contrepartie réelle. Ce sont les 15.000 milliards d'actifs-fantômes envolés en fumée au cours de ce semestre ; et ce seront courant 2012 les milliers de milliards (difficiles à quantifier précisément) des CDS qui sont au cœur des marchés de plusieurs grandes banques occidentales (et qui constituent l'une des vaches à lait de Wall Street et la City depuis des années). Les connections très camouflées entre les grandes banques occidentales, les hedge funds en pleine déroute depuis l'été 2011 (11) et la face « sombre » des marchés financiers mondiaux (dark pool ) empêchent les régulateurs et encore plus les décideurs politiques d'évaluer l'ampleur du choc bancaire en gestation (12).

Une chose est certaine pour notre équipe : si les banques occidentales font aujourd'hui peur, c'est d'abord à leurs propres dirigeants qui ne savent plus comment se dégager du piège mortel où ils se sont enfermés eux-mêmes, persuadés qu'ils étaient de « maîtriser » tous les événements, avec des politiciens « contrôlables (13) » et contrôlés à leur service, et des banques centrales affidées (14). Pourtant cette fois-ci, les politiciens, même choisis pour leur docilité, renâclent. Même le président français Nicolas Sarkozy ne parvient plus à défendre durablement les intérêts bancaires français (15) au niveau européen (16). Dans ces conditions, il n'y a plus moyen pour les banques d'envisager une préservation de leurs profits rognés de tous les côtés : réglementation accrue affectant les domaines les plus profitables, crise économique réduisant l'activité commerciale classique, concurrence renforcée entre établissements et entre régions au sein même de l'Occident (17), réduction de leur « poids » socio-politique du fait d'effectifs réduits et de capacité de financements en berne et de bilans sombrant dans un « rouge » de plus en plus vif (18).

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Notes:

(1) Plus la crise dure, plus la valeur à échéance devient problématique pour les bilans bancaires (mais aussi des autres opérateurs financiers) car la poursuite de la récession et de la baisse de la valeur des actifs implique un effondrement du bilan. Et ce ne sont pas les comparaisons de « cour d'école » pour savoir qui a les réserves les plus grosses qui fera de différence en la matière étant donné le gouffre qui sépare ces réserves des besoins en recapitalisation que génère l'effondrement durable de la valeur des actifs détenus par les banques.

(2) Hold-up effectué dans l'urgence, sans prendre le temps de la réflexion ni du débat parlementaire ou démocratique. Ce même temps que l'Euroland est censé « perdre » dans son laborieux chemin vers des décisions communes, rempli de discussions tous azimuts sur la pertinence et l'efficacité des différentes options possibles.

(3) Source : CNBC, 01/10/2011

(4) En Espagne, la crise immobilière commence à rattraper les banques. Source : New York Times, 22/09/2011

(5) 46 des 50 Etats américains sont en situation d'insolvabilité et les risques de faillite des villes sont en croissance rapide, à l'image de la récente banqueroute de la capitale de Pennsylvanie, Harrisburg. Sources : Economic Policy Journal, 12/09/2011 ; Washington Post, 13/10/2011

(6) Ainsi les emprunts « toxiques » ont-ils infectés plus de 5.500 collectivités locales en France ; ainsi qu'en Belgique et au Luxembourg. Cette situation a conduit directement au démantèlement de la banque Dexia, avec reprise ou garantie par la puissance publique. Les Etats ne pourront pas « se payer » plus d'une ou deux faillites de ce type. Sources : Le Monde, 21/09/2011 ; Irish Times, 11/10/2011

(7) L'insolvabilité du consommateur US reste d'actualité avec un taux moyen d'endettement de 154%. Le salut de l'économie US et de ses banques ne viendra donc pas de la consommation des ménages. Bien au contraire pour les banques, puisque les non-remboursements de prêts sont à la hausse. Sources : USAToday, 02/10/2011 ; MarketWatch, 05/10/2011

(8) Aux Etats-Unis en particulier, la faiblesse du filet social éjecte littéralement les chômeurs du statut de consommateur. Avec six millions de chômeurs arrivant en fin de droit en 2012, dans un contexte d'impasse politique au Congrès pour étendre leur droit à une indemnisation, la consommation des ménages US, déjà chancelante, va s'enfoncer encore plus en territoire négatif. Parallèlement, les employeurs US prévoient une forte augmentation des licenciements dans les mois à venir. Mais en Allemagne aussi, l'économie tombe en panne avec les inévitables conséquences pour la croissance et les banques. Sources : CNNMoney, 12/10/2011 ; Los Angeles Times, 06/10/2011 ; Deutsche Welle, 15/10/2011

(9) Symbole de la dépression durable aux Etats-Unis, la marque GAP vient d'annoncer qu'elle ferme 20% de ses magasins aux Etats-Unis … tandis qu'elle en ouvre de nouveaux en Chine. Et l'évolution des revenus des ménages US est sans appel. Entre la « fin » officielle de la récession en Juin 2009 et Juin 2011, les revenus des ménages US ont baissé de 6,7% ! D'ailleurs les investisseurs allemands estiment désormais que le marché américain est plus risqué que ceux du Moyen Orient et d'Amérique latine et qu'il n'a pas de perspectives de croissance. C'est pourtant une information que vous ne trouverez pas en une des médias dominants alors que l'étude a été commanditée par Goldman Sachs. Sources : USAToday, 15/10/2011 ; New York Times, 09/10/2011 ; New Khabrein, 21/09/2011

(10) Source : Reuters, 11/10/2011

(11) Même le « pape » des hedge funds, John Paulson, se retrouve face à des pertes colossales. Source : CNBC, 11/10/2011

(12) Un paramètre permet de discerner ces liens réels mais opaques entre les deux faces du secteur financier : l'épidémie de licenciement qui les affecte désormais. Le licenciement des acteurs secondaires du secteur financier est plus discret médiatiquement parlant que celui des grandes banques, mais il s'accélère et traduit un effondrement du business-model de tout le secteur. Wall Street comme la City sont actuellement le théâtre d'une purge croissante des emplois de ce secteur. Sources : « More jobs expected to go in the Square Mile », Financial Times, 14/10/2011 ; Le Monde, 11/10/2011

(13) Selon les mots d'un éminent banquier.

(14) La Fed est désormais à bout de munitions et paralysée pour ce qui est d'une sortie via une impression massive de Dollars. Voir GEAB précédents. La BCE oscille entre son mandat, sa « bancophilie » et les pressions politiques croissantes, notamment relayées par l'opinion publique contre tout nouveau sauvetage illégitime des banques. Même si Jean-Claude Trichet, qu'on a connu mieux inspiré, essaye de jouer lui aussi sur un réflexe de peur au niveau des dirigeants politiques européens en parlant de l'Europe comme épicentre de la crise, et d'une crise systémique européenne. En mélangeant tout et n'importe quoi, on crée de la panique, mais pas de la compréhension : c'est une des caractéristiques de la stratégie suivie par le lobby bancaire occidental depuis trois ans. Notre équipe se souvient pourtant avoir indiqué au premier semestre 2011 à des responsables de la BCE que la crise ne permettrait pas d'attendre tranquillement 2013 pour pérenniser et renforcer le FSFE et qu'en fait il faudrait le faire d'ici l'automne 2011. A l'époque, pourtant pas si ancienne, la BCE pensait pouvoir attendre ; et elle avait tort. Si nous pouvions anticiper cette évolution, c'est qu'il nous paraissait évident que la dégradation accélérée de la situation économique, financière, budgétaire, sociale et politique aux Etats-Unis à partir de l'été 2011 allait déclencher une série de chocs ébranlant toujours plus la confiance des investisseurs et renforcer l'impératif absolu de « gagner du temps » pour les USA et le Royaume-Uni, y compris au détriment de l' « allié européen ». Il n'y a en effet qu'un seul épicentre de la crise actuelle : ce sont les Etats-Unis comme nous l'avons analysé dès 2006, élément central de notre aptitude à anticiper les évolutions de la crise. Et s'il y a bien une crise systémique européenne, c'est un phénomène de second ordre qui tient à l'inadaptation du processus institutionnel et politique actuel de l'Euroland qui a été ignoré pendant dix ans au profit des mécanismes de l'UE à 27, totalement inefficaces pour gérer les problèmes de l'Euroland. En la matière, on constate une amélioration systémique indéniable depuis 18 mois. Concernant la crise systémique décisionnelle européenne, c'est en 2007/2008 qu'une telle déclaration de M. Trichet aurait été utile. Maintenant c'est un peu comme crier au feu après l'arrivée des pompiers.

(15) Pour lesquels la bataille des chiffres sur la question de recapitalisation illustre l'opacité complète du secteur. Source : La Tribune, 07/10/2011

(16) Il parvient juste à rendre plus complexe et lent la définition de positions communes avec l'Allemagne et le reste de l'Euroland.

(17) Les banques de l'Euroland sont désormais en guerre ouverte avec leurs homologues anglo-saxonnes, sur fond de tentative de déstabilisation et/ou d'asphyxie orchestrée par ces dernières. Et 2012 va voir s'ouvrir un nouveau front entre la City et Wall Street d'une part car le marché va continuer à se rétrécir, rendant impossible le maintien de « deux cœurs anglo-saxons » au sein du système financier mondial ; et entre la City, Wall Street et l'Euroland d'autre part, car les banques eurolandaises, appuyées par leurs gouvernements, vont cesser progressivement de prêter en Dollars US pour se concentrer sur les prêts en Euro, y compris en ce qui concerne le commerce des matières premières (pétrole inclus). Les crises violentes et brutales ne laissent pas de place à la nostalgie des partenariats passés. Ce sera le début de la fragmentation définitive du marché financier occidental et l'une des dernières étapes de la maturation de l'Euroland ; ainsi qu’un nouveau coup fatal pour les établissements financiers ayant construit leur business-model sur le partenariat financier transatlantique. Nous reviendrons sur ce point très important dans le GEAB N°59 à propos de l'avenir des Etats-Unis et de l'Euroland.

(18) En fait, à part la banque de détail, l'année 2012 va montrer qu'il n'y a pratiquement plus aucun segment rentable pour le secteur bancaire.

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